PHASE 1 : Etape à Longyearbyen, Spitzberg, au Nord de la Norvège
Jeudi 08 avril 2010
Apres 13 heures d’avion et à 1 heure du matin, je pose enfin le pied à Longyearbyen. Trond, gérant de l’hôtel 102 m’y attend. Je suis heureux de retrouver le sac qui n’était jamais arrive a Oslo ! (Je n’avais pu récupérer qu’un seul de mes deux sacs contenant tout mon matériel a l’escale d’Oslo…)
Trond me signale que son hôtel est plein, mais qu’il dispose d’appartements au cas où, à la sortie de la ville. Une chambre m’y attend. Il n’y a aucun problème pour moi, je voudrai simplement dormir.
En entrant dans l’appartement Trond se rend compte qu’il est plein! L’équipe qui devait partir pour le pôle est finalement restée sur place pour cause de mauvaise météo. Même la chambre qui m’était réservée est occupée par 5 ou 6 sacs d’expédition, une fille sous la couette!
On finit par trouver un endroit et je sombre dans un sommeil profond.
Vendredi 09 avril 2010
Je me réveille dans un appartement fantôme; tout est vide. Seuls mes sacs sont la. Trond est passé me prendre en voiture pour un petit déjeuner à l’hôtel. Je rejoins ensuite le centre de Longyearbyen à pied. Les sport shops sont ici très bien équipés. Je passe beaucoup de temps dans ces magasins à la recherche de nouvelles améliorations que je pourrai apporter à mon propre matériel.
Trond m’apprend qu’une voiture est à ma disposition. J’accepte avec plaisir. Je fais une surprise à un membre de l’équipe, mon ami Chris Hedley. Je sais que son avion arrive à 14h. Je l’attends à l’aéroport avec une pancarte CHRIS.
Nous passons l’après-midi à revoir notre matériel. De retour à l’appartement, nous trouvons la serrure de la porte ouverte. Quelqu’un est assis devant son ordinateur! Il s’agit en fait de Svein, un métayer norvégien qui profite de la saison pour guider les clients des hôtels de Longyearbyen lors de sorites en motoneige. Je commence à comprendre les gens d’ici; l’hospitalité est exemplaire. Chacun prête, donne, échange, accueil. C’est comme ça.
Nous discutons un long moment avec Svein. Il nous parle du Svalbard, de son histoire, de ses racines. La sensibilité de ce gars de Norvège me touche beaucoup et je pourrai rester des heures à l’écouter parler de Guilehm Barrents, de Thomas Longyear, des pionniers du Svalbard.
Samedi 10 avril 2010
Trond nous propose de louer des motoneiges et de le suivre jusqu’au glacier de Sassendallen, environ 50 km l’Est de Longyearbyen. Trond nous prête gentiment tout l’équipement, les combinaisons, les casques, les moufles.
Nous louons nos motoneiges et j’en profite pour m’offrir le masque de protection que je cherchai depuis des mois. Je le trouve enfin dans ce magasin de snow mobiles !
Trond est également sensé ravitailler une expédition qui tente en ce moment de traverser le Spitzberg de part en part. Je trouve l’idée de rencontrer ces gens au milieu de leur expédition incroyable et accepte évidemment.
Nous voilà donc partis à la rencontre d’Arne Naess, figure norvégienne de l’expédition. Il est notamment le premier norvégien à atteindre le sommet de l’Everest en 1985.
Nous traversons les grandes vallées de l’Adventdallen à plus de 100 km/h avec nos motoneiges (ce qui n’est pas sans risque). Grâce au GPS, nous trouvons assez facilement l’équipe d’Arne. J’en profite pour tourner quelques images et prendre des photos de ces magnifiques glaciers qui nous entourent.
Le retour est sportif, ne regagnons Longyearbyen après deux bonnes heures de « route ». Chris et moi décidons d’aller faire un tour au Nord de Longyearbyen ou un ours polaire a été vu plus tôt dans la journée. Après une demi-heure, le temps tourne au blizzard et nous ne voyons pas au-delà de 5 mètres. Trop dangereux pour continuer, nous rebroussons chemin dans un blizzard terrible.
Le soir, nous faisons une surprise à Ruth, dernière membre de l’équipe. Ruth est londonienne. Elle va tenter le « dernier degré » avec nous dans l’espoir d’y retrouver son compagnon Howard qui lui-même tente en ce moment la grande traversé depuis le Canada vers le pôle en compagnie de Richard Weber.
Il ne manque plus que Børge.
Dimanche 11 avril 2010
Børge est arrivé et nous le rejoignons en fin d’après-midi au restaurant Kroa. Ensuite nous rejoignons une de ses réserves/caves et commençons à préparer notre matériel. Un traineau chacun, harnais, sac pour la nourriture, des bidons en plastique de 5l pour les réserves de carburant. Je prends la tente, 5 litres de carburant, la combinaison étanche et un réchaud de secours dans mon traineau. Børge prendra 10L de carburant et les bottes de secours. Ruth et Chris ont deux traineaux plus petits mais très légers. Nous devons avoir deux grands traineaux dont la forme nous permettra facilement de flotter. Nous devrons parfois établir des ponts pour passer les « rivières » crées par l’éloignement des gigantesques plaques de glaces qui flottent en surface de l’Arctique.
A la différence de l’Antarctique (pôle Sud), l’Arctique est un océan. La glace n’est que la surface gelée de cet océan. Par conséquent, les vents, les variations de température, mais aussi les courants modifient chaque seconde cette « croute glacée » que forme la banquise. Les grandes masses de glaces flottantes peuvent s’éloigner et ouvrir des voies d’eau plus ou moins larges (de quelques centimètres à plusieurs centaines de mètres), ou se télescoper et créer ainsi de véritables barrières de séracs.
Le traineau de Børge a été réalisé sur mesure par Acapulka. Il me prête celui qu’il a utilisé lors de son Pole Nord en solo réalisé en 1994. Un bon gros traineau. Je suis impressionné par ce modèle et convaincu qu’il me permettra de me rendre compte du poids d’un traineau professionnel.
Parmi tout le matériel que contiennent les étagères de Børge, je reconnais plusieurs pièces utilisées lors d’expéditions précédentes. Je reconnais les pulkas de l’expédition In Nansens Footsteps, réalisées avec thomas Ulrich en 2007. Je remarque aussi le réchaud que Mike Horn utilisa lors de son tour du cercle polaire arctique en 2002.
Nous utiliserons pour notre périple une tente Helsport, sponsor de Børge. En forme de tunnel elle résiste correctement aux vents quelques soient leurs directions.
La tempête règne toujours sur Longyearbyen. Je prends quelques images vidéo. La neige balayée laisse apparaitre les 10 cm de glace pure qui recouvrent les rues de Longyearbyen en cette période de l’année.
Les pipelines et autres réseaux d’eau ne sont pas sous terre, le permafrost risquerait de faire éclater les conduits. Tout le réseau est « à l’extérieur » ce qui donne l’impression d’une ville en construction permanente.
Lundi 12 avril 2010
Les jours ne s’arrêtent plus. Le jour est continu. Je n’ai plus connu de nuit depuis que je suis ici. Je me couche vers 1 ou 2 heures du matin et me réveille vers 6 heures 30.
Nous sommes à la veille du départ. Au petit déjeuner, Børge nous briffe sur le programme de la journée : sélection de nos skis et bâtons, préparation des rations de nourriture (direction le supermarché local) puis shopping dans les sport shops.
Nos pulkas doivent être portées aux russes à 17 heures afin qu’ils puissent préparer l’avion. Nous ne gardons que notre tenue de « ski ».
Faire les courses avec Børge, c’est long. D’une part parce que les norvégiens prennent leur temps. Nos préoccupations ne sont pas les leurs. Rien n’est presse à Longyearbyen. D’autre part, les passants ou les commerçants ne cessent de lui demander des autographes.
Nous préparons nos rations de petit déjeuner avec une balance. Par personne et par sachet : 80 grammes d’avoine, 20 de sucre, 15 de lait en poudre, 15 de raisins secs, 20 d’huile de soja.
Nous sommes quatre et préparons des rations pour dix jours, nous devons donc cumuler six kilos de rations.
Chris et moi préparons les petits déjeuners. Ruth se charge de rationner tout le chocolat, les soupes, sachets de the et de café, nourriture lyophilisée. Ruth repartit le tout dans des petits sacs en plastique; un sac par jour. Chris a confectionné un mélange maison de cacahuètes, chocolat, raisins et amendes et en fera profiter toute l’équipe durant le trajet vers le pôle.
Une fois le pack nourriture au point, nous préparons notre matériel personnel. Je choisi de repartir mes affaires essentielles dans seulement deux grands sacs de 35 litres de même couleur. En ouvrant mon traineau en fin de journée, je saurai très rapidement quel sac va dans la tente et quel sac peut rester dehors.
Une fois nos pulkas prêtes, Børge et moi chargeons le taxi qui nous mène à l’aérodrome de Longyearbyen. Nous laissons notre matériel à l’équipe de Victor Boyarsky, figure mondiale de l’expédition polaire, mais aussi manager de la base de Barneo.
Je dois avouer qu’à ce moment précis, je me sens vraiment prêt. J’ai hâte d’être demain, de me retrouver dans l’Antonov 74 qui nous conduira à la base russe de Barneo.
Le soir Børge donne une conférence à l’hôtel Radisson de Longyearbyen. La salle est pleine à craquer. Enfants, parents, seniors, expéditeurs, tout le monde est là, en chaussettes, y compris Børge. Ici, tout le monde laisse ses chaussures à l’entrée des maisons et marche en chaussettes. D’ailleurs c’est à l’entrée que l’on peut faire la différence entre les locaux et les gens de passage. Ces derniers s’agenouillent pour défaire leurs lacets tandis que les norvégiens ont les lacets toujours larges et restent debout pour enlever leurs chaussures.
Mardi 13 avril 2010
Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Je me lève exténué. La pression, les préparatifs, l’envie d’y être, le timing serré.
Il faut remplir nos huit Thermos d’eau bouillante. Le taxi quitte l’hôtel pour l’aérodrome à 8 heures. Il fait beau, la température ce matin à Longyearbyen est de -15°C, normal pour la saison.
Nous sommes accueillis par une responsable russe qui nous informe que notre vol est pour l’instant annulé pour cause de mauvais temps à Barneo. Nous attendons et en profitons pour avaler notre petit déjeuner préparé en hâte à l’hôtel avant de partir.
Un russe joue de la guitare et une employée de Barneo chante avec lui. Børge prend la guitare et chante du Piaf. Je joue à mon tour. Les heures passent, je récupère de ma nuit en dormant sur un des bancs de l’aérodrome. A midi, les russes nous informent que le vol est définitivement annulé. Nous n’avons qu’à rentrer à notre hôtel et attendre un prochain coup de téléphone.
L’apprentissage de l’expédition, les russes, l’attente, la patience.
Attendre nous permet de penser, de discuter, de partager. Børge et moi parlons de mes objectifs. Je lui détaille mes ambitions. Je suis là pour apprendre. J’ai déjà beaucoup appris en préparant ce projet, complètement financé par des sponsors. Maintenant je veux connaître le terrain, la progression, la gestion du froid, les passages délicats. Ensuite je veux faire du solo. Il sourit, mais je sens que tout cela lui parle et qu’il se souvient…
Pendant que Chris et Ruth chinent dans les magasins de sport pour compléter leur matériel, Børge et moi passons en revue tout son matériel et en particulier ses tentes. Une occasion pour lui de me confier tout une série de conseils sur le matériel et sa préparation.
Nous vérifions tous les cordages, les tubes, la qualité des tissus des quatre tentes et les montons dans les caves de l’hôtel ! Je me sens assez chanceux d’être ici avec un des plus grands et j’ai l’impression de bénéficier de conseils précieux.
Après un bon quart d’heure de silence, Børge lâche : “Tu devrais traverser le Spitzberg en solo”.
Je souris. « Il faut que je le fasse ? ». Il me dit qu’il m’aidera à me préparer. « Ce serait excellent pour toi. Glace, neige, ours, crevasses. Mais attention, les températures ici sont très froides. Tu devrais venir en Norvège pour un stage sur les crevasses ».
Je ne dis rien, mais suis tellement heureux d’être là et de vivre cet instant précis. C’est ce que je cherchais.
Je profite de cette session « équipement » pour prendre des photos détaillée du réchaud utilisé par Mike Horn. Je repère quelques modifications à apporter à ce modèle de compétition.
Peu après, nous retournons au restaurant. J’ai une discussion avec Victor Boyarsky au sujet de l’équipement. Selon lui les sacs plastiques vapour barriers que nous utiliserons pour nos pieds tuent les gens! [Ce système consiste à enfiler un sac en plastique fin et résistant par-dessus une première chaussette en laine. Ainsi l’humidité dégagée par le pied durant l’effort reste du coté « pied », n’atteint pas le coté « chaussure » et donc ne gèle pas.] Je prends conscience que chacune de ses personnalités considère ses techniques comme les meilleures et que je ferai mieux de tous les interroger afin d’en tirer une sorte de synthèse.
Nous changeons d’hôtel et rendons un service à Thomas Ulrich, un explorateur suisse très proche de Børge.
Des 5 expéditions qui ont essayé de parcourir le dernier degré de latitude (89° -- 90° Nord, notre prochain parcours…) ces dernières semaines, il est le seul à avoir réussi. Le plus long last degree de l’histoire!! En 12 jours. Les conditions à Barneo et au pôle Nord sont terribles. Blizzard, brouillard, vent froid, mauvaise dérive des glaces. Par téléphone satellite Børge lui propose de « reprendre » quatre des chambres précédemment réservées pour ses clients. C’est donc là que nous dormirons ce soir. Nous préparons (encore) notre matériel et nous nous endormons (encore) plein d’espoir pour demain. Un point téléphonique avec Victor est (encore) prévu à 7 heures le matin.
Mercredi 14 avril 2010
Si nous partons ce matin, il est prévu que Børge vienne directement nous avertir dans notre chambre.
Il n’est jamais venu… Nous ne partirons pas ce matin, pour les mêmes raisons qu’hier. Nous passons donc la matinée à alerter nos proches, mettre à jour nos blogs et prendre des images de notre attente. En ce tout début d’après midi, nous apprenons que le vol est décalé à demain matin.
Je commence la rédaction de mon journal de bord et poursuit mes discussions avec Børge. Je fais des pompes et des abdominaux pour passer le temps et m’entretenir un peu.
Je ne dine pas ce soir car je n’ai tout simplement plus faim. J’ai l’impression de n’avoir fait que çà pendant trois jours !
Attente. Patience. C’est aussi pour ca que je suis là.
PHASE 2 : Sur l’Arctique avec Børge, direction le pôle Nord
Jeudi 15 avril 2010 – Camp 1 [89°01N / 150°E]
Je n’avais pas aussi bien dormi depuis longtemps. Je commence à m’habituer à la langue norvégienne et au rythme de Longyearbyen. Je ne ferme plus mes volets malgré le soleil qui brille tous les jours un peu plus.
A 7 heures 20 ce matin, je reçois un coup de téléphone de Børge : les conditions sont favorables, nous décollons pour Barneo à 9 heures ! Je réveille l’équipe. Taxi, check-in, attente. Je n’arrive pas à m’en convaincre, mais nous allons bien décoller! Après toutes ces journées d’attente et de départs reportés, j’ai toujours un doute. Mais c’est bien sur un tarmac gelé que j’avance, vers notre Antonov 74. Plein à craquer, l’Antonov peine un peu à décoller. Il faut avoir le cœur bien accroché dans ces avions russes. Les sièges bougent un peu, les tablettes ne tiennent plus. Pas de hublot, sauf pour les deux carrés à l’avant. Au bout de quelques minutes de vol, je demande au capitaine si je peux entrer dans le cockpit. Je suis impressionné par toute cette électronique. Pas moins de quatre personnes pour piloter cet engin.
Nous atterrissons à Barneo un peu avant midi. Je suis stupéfait de la maîtrise des pilotes russes qui atterrissent sur la banquise sans le moindre mal. Il fait un temps magnifique. Nous débarquons le matériel dans les hurlements des moteurs de l’Antonov qui ne peuvent s’arrêter à cause du froid. Barneo est une base « dérivante » sur la banquise. Elle sert de hub pour toutes les expéditions sportives et scientifiques. Elle n’est établie que pour six semaines, de la fin du mois de mars à la fin du mois d’avril. Nous prenons place dans le mess et commençons à discuter avec les russes autour d’une soupe. Des cinq expéditions qui ont tenté notre trajet, seule celle menée par Thomas Ulrich est parvenue au pôle, après douze jours d’efforts. Nous profitons du chauffage du mess pour croiser nos pieds et chaussures devant les entrées d’air chaud afin d’emmagasiner un maximum de chaleur avant le départ.
Après quelques heures d’attente, un pilote russe débarque et nous somme de rejoindre l’hélicoptère avec notre équipement. Nous décollons vingt minutes après pour notre point de départ : 89°N / 150°E. L’hélicoptère se pose sur la banquise, nous sautons les premiers, puis les russes nous passent nos traineaux. L’hélicoptère décolle de nouveau, les moteurs hurlent, les pales ne sont pas très loin de nos têtes. Nous sommes d’ailleurs obligés de nous coucher sur le matériel pour éviter qu’il ne s’envole !
Il est 19 heures. Pas de temps à perdre, nous chaussons nos skis, ajustons nos harnais. Børge regarde autour de lui et dit : « Où est la paire de skis de secours ? ». Un blanc.
« Okay, faites attention où vous marchez ! » nous lâche-t-il avec un sourire. Nous suivons Børge. Voilà mes premiers pas sur la glace de l’océan Arctique. Je ne réalise pas encore où je suis. J’étais dans un lit à Longyearbyen il y a une dizaine d’heures ! J’ai l’impression d’avoir rêver à un avion. Me voilà pourtant skis aux pieds, sur la banquise, à des milliers de kilomètres de toute civilisation.
Sensation étrange d’une certaine solitude intérieure. Nous ne marchons que quelques kilomètres avant d’installer notre premier camp.
Vendredi 16 avril – Camp 2 [89°12N / 146°34E]
Voilà un premier jour entier. Nous avons parcouru 18 kilomètres en dix heures. Je m’habitue petit à petit aux exigences liées à la progression sur la glace.
Mais aujourd’hui, j’ai surtout appris à « mener » l’équipe, à m’orienter et maîtriser ma vitesse. Les conseils de Børge sont précieux.
L’orientation dans ce type de conditions est plus facile qu’autrefois ; nous utilisons le GPS. Mais seulement pour vérifier notre bonne progression. Il faut donc connaître les techniques d’orientation sur la glace et corriger si besoin la trajectoire toute les heures en consultant le GPS.
Il s’agit d’utiliser les éléments naturels pour s’orienter. Attention : ne pas oublier que les glaces flottent, dérivent et nous aussi. Il faut « compenser » la dérive lorsque nous marchons.
Utilisons d’abord le soleil. Une fois le cap fixé au nord, il faut se servir de l’ombre de ses bâtons. Les skis orientés vers le Nord, il s’agit de former un angle droit avec un premier bâton (90° par rapport aux skis). Le second vient à la verticale du premier et forme une ombre fine sur la glace ; on obtient un angle. Cet angle change toutes les heures par rotation de la Terre autour du Soleil. 15° représentent une heure (15° x 24 heures = 360°). Il convient donc de corriger légèrement l’angle tout au long de la progression afin de garder le cap le plus au Nord possible.
Ensuite, le vent. Cap au Nord, les skis bien dans cette direction, je me sers d’un ruban très fin de toile de parachute accroché à mes bâtons. Je forme un angle droit avec l’un des bâtons, le second à la verticale ; le ruban de toile, telle une chambre à air sur un aérodrome, suit le souffle du vent, et forme ainsi un angle par rapport au cap. Par exemple, si le vent souffle à 30° Est par rapport au Nord, je veillerai à maintenir cet angle lors de la progression.
Enfin, la neige. La fine couche de neige qui recouvre la glace de l’Arctique est continuellement balayée par le vent et s’accumule aux pieds des séracs. La « jeune » neige (celle qui n’a pas encore fondue) est facilement repérable ; elle est formée de petits pics, elle est très « cisaillée ». Le souffle du vent dessine des traces sur la couche supérieure de la jeune neige. En orientant mes skis vers le Nord, je repère l’angle formé par ces traces et m’en sert pour maintenir le bon cap.
La conjugaison de ces trois techniques me permet d’évoluer correctement dans des conditions très particulières : pas de repères visuels, car tout est en mouvement permanent, rien n’est éternel. La glace fond et se reforme. La neige est balayée par le vent. Nos traces de ski disparaissent en quelques secondes.
Nous avons aujourd’hui évolué parmi de nombreux blocs de glace accumulés sur ce qu’on appelle les zones de pressions (pressure ridge). Je trouve ces blocs magnifiques et en profite pour prendre de nombreuses photos. Parfois la lumière passe au travers de la glace mise à nu par le vent et laisse apparaître des variations de bleu absolument superbes.
J’ai choisi d’utiliser un appareil photo numérique à pile. Il me permet de capturer des images photo et vidéo haute définition. Les batteries classiques s’usent trop vite. Je préfère avoir une série de piles lithium en réserve que j’ai recouvert d’une fine couche plastique afin de les protéger encore un peu plus du froid. Mon pantalon en Gore-Tex (dessiné par Børge chez Norrona) possède sur la cuisse une poche rembourrée de laine ; c’est ici que je range mon appareil numérique.
L’orientation parmi les zones de compression me vient assez naturellement. J’apprécie trouver le bon passage dans cet amas glacé et retrouver le bon cap au Nord.
Par contre, j’ai un peu plus de difficultés à gérer l’allure ; nous sommes quatre. Nous n’avons pas la même ambition ni la même préparation. Nos traineaux ont des poids différents. Mon rythme est un peu trop élevé me fait remarquer Børge. C’est dangereux. Une cadence trop soutenue nous fait transpirer. A la première pause, la transpiration gèlera en moins d’une minute. Attention donc à maintenir un rythme correct, mais en veillant à ne pas trop transpirer.
Je prends conscience aujourd’hui de l’élément « glace ». Je trouve qu’elle représente une excellente allégorie de mon existence : une variation permanente d’une durée limitée.
Samedi 17 avril – Camp 3 [89°22N / 141°E]
Nous avons dérivé de cinq kilomètres vers l’Ouest en une nuit. Ce pourrait être pire. Nous avons commencé notre périple assez haut à l’Est, de façon à profiter au mieux de la dérive du moment. Certaines expéditions ont du abandonner, ne pouvant parvenir à gérer la dérive qui chaque jour les ramenait un peu plus vers le Sud. Je suis déterminé et ai hâte d’apprendre encore de Børge. J’écris ces lignes ce soir heureux, car la journée fut riche en évènements. Nous avons parcourus 20 kilomètres en dix heures.
Nous sommes partis ce matin dans des conditions assez dures : un vent froid venant de l’Est dans une atmosphère plutôt humide.
Très rapidement confrontés à un pack ice plutôt dense (gros blocs de glace flottant comme des glaçons dans un verre), mais libérant parfois des voies d’eau plus ou moins larges, Børge nous détaille les différentes techniques pour traverser. La technique utilisée dépend bien entendu de l’étendue de la voie d’eau.
La traversée à ski, sans autre moyen. Il s’agit de passer la voie d’eau d’un pas en faisant très attention à la qualité « bords ». Si la cassure est nette et la glace dense, l’angle pourra supporter le poids du skieur. Si les bords ont commencé à fondre, alors attention de ne pas passer à travers. De toute façon, il convient de garder ses skis afin de répartir le poids du skieur sur la glace.
Utiliser le traineau comme un « pont ». Quand les espaces entre deux plaques s’élargissent, il convient de mettre à l’eau un traineau (ou deux liés ensemble) pour en faire un pont flottant et passer en ski dessus.
Utiliser les traineaux comme radeau. Si les étendues dépassent deux mètres, il faut enfiler la combinaison étanche, se mettre à l’eau et tirer les traineaux jusqu’à la rive opposée. Nous sommes en équipe : celui qui est à l’eau doit donc faire la navette d’une rive à l’autre, les équipiers passant chacun à leur tour sur le radeau.
Et nous voilà traversant, une, deux puis trois voies d’eau. J’ai adoré jouer les équilibristes parmi les blocs de glaces. J’avoue qu’évoluer dans ce milieu me plait beaucoup. J’aime la technique et le coté physique de l’épreuve. Pour l’instant tout va bien.
Børge corrige régulièrement mes trajectoires lorsque je mène l’équipe. J’ai tendance à trop appuyer sur ma jambe droite car je suis droitier. Voilà un nouveau paramètre dont il faudra tenir compte à l’avenir ! Je remarque aussi que je transpire trop, j’ai de plus en plus de mal à me réchauffer lorsque nous reprenons le chemin après 2 ou 3 minutes de pause. La gestion du chaud/froid est pour moi bien plus compliquée que le froid. C’est ce qui occasionne le gel intérieur de mes moufles et de ma veste en Gore Tex. Je dégage trop d’humidité qui gèle instantanément à l’intérieur de la dernière couche de vêtements qui me protègent.
A la mi-journée, nous faisons face à un passage assez délicat, dans un pack ice plutôt « mou ». Nous sommes obligés de quitter nos skis et de passer à pied parmi ces glaçons. Je demande à Børge de filmer ce passage car il synthétise bien ce à quoi nous sommes confrontés chaque jour. J’avance de 20 mètres, puis, sur un appui, je sens ma jambe passer au travers de la glace. En un réflexe, je reprends appui sur mon bâton gauche et n’enfonce que le ski et le pied droit dans l’eau. Je me précipite sur une zone de glace plus sure et recouvre vite mon pied de neige fraiche. Ceci permet d’absorber toute l’humidité de l’eau. Je poursuis le chemin, mais quelques mettre après, je prends un mauvais appui et cette fois-ci, mon bâton droit s’enfonce dans la glace comme s’il n’y avait aucun appui ! Je tombe de tout mon poids sur la glace qui heureusement de cède pas. Seule ma moufle est mouillée, je la sèche de la même façon que ma chaussure.
Ces deux alertes me calment. Je prends conscience que le danger est à chaque pas et qu’il faut rester extrêmement vigilent, tout le temps.
Le camp ce soir est dressé à l’abri du vent, derrière une chaîne de blocs de glaces, loin de la zone de compression. Comme chaque soir depuis le début de notre périple et une fois bien au chaud dans mon duvet, je brosse la glace emprisonnée dans mes vêtements. Je ne parviens jamais à tout enlever. Je laisse ensuite mes moufles et ma veste avec mes chaussures, dehors, sur la glace mais sous l’abside de la tente. Ainsi mon équipement est maintenu gelé, les résidus glacés de fondent pas.
Mes autres vêtements restent sur moi et sècheront pendant la nuit, dans le duvet. Je quitte mes moufles et mes chaussettes en laines pour les passer directement sur ma peau afin qu’elles sèchent mieux. Mes chaussons en duvet Vallandré me gardent les pieds bien chauds. Si mon collant sèche rapidement, mon « haut » tarde de plus en plus à sécher. Je fais part de ce souci à Børge qui me répond : « Tu dois arrêter de transpirer »… Bon, je vais essayer.
Je remarque que je fais quelques erreurs d’organisation à l’intérieur de la tente. J’ai l’impression d’avoir trop de matériel avec moi. Un seul sac de 40 litres serait largement suffisant pour regrouper tout le matériel et la nourriture dont j’ai besoin pour la nuit. J’apprends et je liste ce que je dois améliorer pour la prochaine expédition, comme par exemple la fermeture du sac de tente : privilégier un sac avec lacet et coulisseau plutôt qu’un clip, plus délicat à manœuvrer avec des gants.
En théorie, une fois le camp établit, il faut éviter de sortir de la tente afin d’y maintenir un maximum de chaleur. Lorsque le réchaud fonctionne la température augmente assez rapidement sous la tente. Mais une fois arrêté, la température n’est supérieure que d’environ 10°C par rapport à l’extérieur. Ainsi nous urinons dans des bouteilles en plastiques que nous gardons dans nos duvets et que nous vidons à l’extérieur. Pour l’autre affaire, nous sommes obligés de sortir de la tente, bien couverts. Il s’agit aussi d’être rapide et organisé. C’est le moment que je déteste le plus. Si j’avais été seul, j’aurai fait çà sous la tente, bien au chaud !
J’ai aussi du mal à évaluer ce que je dois manger ; je n’ai pas l’impression de beaucoup consommer d’énergie. Pourtant, je bois environ quatre litres d’eau par jour.
Dimanche 18 avril – Camp 4 [89°32N / 138°E]
Contrairement à ce que je pensais, il n’y a jamais de profond silence sur l’Arctique. Nous entendons les mouvements de la banquise, nos skis frotter la glace, nos traineaux s’accrocher aux angles des séracs. Mais nous n’entendons pas nos voix, nous ne nous parlons que très peu pendant la journée comme sous la tente. En fait ce sont les quelques mots de Børge qui rythment nos journées. Cà ne me dérange pas, on se contente de l’essentiel et çà me plait. Pas de mots en trop, pas de mots pour rien.
Le matin, à 6h30, Børge se réveille et s’occupe de faire fondre de la glace pour notre petit déjeuner. Nos Thermos ont été remplis de la même façon la veille pour gagner du temps (ils maintiennent une eau brulante pendant 24 heures).
Ensuite, Børge commence à racler la glace qui s’est accumulée la nuit à l’intérieur de la tente, au dessus de sa tête. Avec la chaleur du réchaud, cette fine couche de gel risquerait de fondre et de gouter sur nos duvets. Il tapote l’épaule de son voisin pour le réveiller. Le voisin racle à son tour la glace et ainsi de suite jusqu’à moi (Børge et mois dormons aux deux extrémités de la tente).
Un second réveil à lieu à 7 heures 15. Le « Breakfast !» indique qu’il faut nous préparer pour le petit déjeuner. Puis « Okay, go ! » à 8 heures signifie que nous devons plier le camp et commencer la journée. La journée est rythmée par les « Break ! » toutes les deux heures environ. Le soir, « Camp ! » signifie évidemment que Børge a trouvé le bon emplacement pour la tente. Nous montons le camp en moins de trois minutes.
Nous sommes partis ce matin sous un soleil très intense. Le ciel très bleu, pas un nuage. Au passage d’une zone de compression nous entendons la glace craquer sous l’effet du rapprochement des deux plaques. Je filme cette scène incroyable. Les blocs de glace tombent, je m’éloigne.
La première partie de la journée est consacrée au passage de plaques en voies d’eau. Dans les dernières heures de la matinée, nous sommes obligés de passer sur une couche de glace assez fine, et donc très sombre. Børge m’apprend à repérer le meilleur passage ; il faut taper quelques coups de bâtons et contrôler la glace. Si cinq ou six coups ne suffisent pas à trouer la glace, on peut faire un pas.
Malgré toutes les précautions et malgré l’expérience de notre guide, nous sommes contraints de rester toujours très concentrés sur nos gestes, nos pas, nos décisions. Ce qui ne manque pas de faire quasiment craquer psychologiquement un membre de l’équipe. Børge et moi nous partageons le contenu de son traineau afin de lui faciliter les passages délicats.
Lundi 19 avril – Camp 5 [89°41N / 132°E]
Chaque jour, une nouvelle épreuve sur un nouveau terrain. Face à des grandes étendues d’eau, nous sommes obligés d’enfiler la combinaison étanche pour traverser ces rivières éphémères.
J’en profite pour essayer ce vêtement fait spécialement pour Børge par Helly Hansen. Il s’agit d’une combinaison en toile assez épaisse qu’il faut enfiler tout habillé, avec chaussures et moufles. Une fois dans l’eau, il faut être bon nageur pour compenser le déséquilibre du à la flottabilité totale du vêtement. En effet, la combinaison est remplie d’air, ce qui nous permet de flotter, mais de flotter jusqu’aux pieds ! En plongée sous marine, j’utilise des poids aux chevilles pour compenser la flottabilité de la combinaison étanche. Mais ici, il faut trouver le bon équilibre dans l’eau pour être à l’aise et ne pas se mouiller la tête.
Je suis impressionné par la couleur sombre de l’eau, due à l’environnement très blanc de la glace. J’imagine une coupe de profil du globe terrestre et me vois nager tout en haut avec cinq mille mètres de fond sous mes pieds.
Børge prend le relai. Alors qu’il enfile à son tour la combinaison étanche, nous préparons le radeau qui nous permettra d’atteindre la rive opposée. Une fois prêts, Børge me demande de passer en premier afin d’assurer la réception des autres membres de l’équipe. J’embarque nos quatre paires de skis et bâtons sur le radeau et m’apprête à m’y étendre. Je m’approche et attrape des deux mains les deux poignées de sangles sur le bas des traineaux. A ce moment précis, je sens la glace qui se dérobe sous mes pieds. Børge n’a pas le temps de crier « jump ! » ; je suis déjà couché sur le radeau. L’élan de mon saut facilite la traversée, nous atteignons la rive opposée sans nager ! Rien de mouillé, rien de perdu, j’ai eu de la chance.
Je quitte le radeau et tente de répartir au mieux mon poids sur les cinq premiers mètres de la glace en me déplaçant sur les coudes et les genoux. La glace est fine, je ne veux vraiment pas tomber dans l’eau à cet endroit, car j’aurai du mal à m’en extraire. Lorsque je me relève, Børge, rassuré peut aller chercher les autres. Il me crie : « Watch the bear ! » Je n’en crois pas mes oreilles. Comment veut-il que je me défende contre un ours polaire? Je n’ai que des bâtons de ski et avec moi ! Børge marche toute la journée avec un 357 Magnum chargé coincé dans le dos de son harnais. Il a également un poignard sur son épaule gauche. Je n’ai qu’un pistolet à fusées de détresse dans mon traineau. Mais mon traineau est un radeau pour l’instant ! Donc impossible d’atteindre le moindre matériel pour me défendre au cas où. Je regarde Børge qui s’éloigne vers l’autre rive et prends vite conscience de mon isolement.
Depuis quelques minutes, un phoque nous espionne à quelques cinquante mètres de l’endroit où nous traversons. Il y a une petite brise. Bref, un contexte de chasse idéal pour les ours. Je me rassure en me disant qu’il n’y a aucune chance d’en croiser à notre latitude (nous sommes trop au Nord). Puis je me rappelle que Børge marche avec un 357 Magnum chargé. Il dort avec ! Enfin, je voudrai que cette scène s’accélère car je ne voudrai pas attendre trop longtemps dans ces conditions.
Après nos vingt kilomètres journaliers, nous nous emmitouflons dans nos duvets avec le seul bruit du réchaud. Je somnole. Nous sommes ce soir à 35 kilomètres du pôle.
Mardi 20 avril – Camp 6 [90°N]
Monster day gave the Pole!
C’est le titre qu’utilise Børge sur son blog pour décrire notre dernière journée.
Nous avons quitté le camp ce matin dans un blizzard terrible. Je sens que le vent très froid me mord la joue droite et le nez, malgré la protection de ma cagoule en néoprène.
A 35 kilomètres du pôle, nous avançons plutôt rapidement, à trois ou quatre kilomètres par heure. Mais après quelques temps, nous devons faire face à de nombreuses voies d’eau. On enfile la combinaison étanche. Le radeau est fait, puis défait, toutes les deux heures environ. J’ai l’impression que le froid se renforce. Je suis obligé de marcher avec un gilet de duvet sans manches. La température passe bien sous les moins trente et le vent ne faiblit pas. Nous enchainons les passages délicats, mais nous maitrisons notre sujet. Mais notre vitesse a considérablement diminué. Après douze heures de marche, nous avons tout de même progressé de 25 kilomètres. Il est vingt heures. Nous nous regardons et comprenons que nous ne voulons pas nous arrêter aujourd’hui ! Børge fait le tour de nos motivations, nous sommes tous d’accord pour continuer et tenter d’atteindre le pôle ce soir !
A 22 heures, la fatigue commence à se faire sentir. Ces quatorze heures de marches par -35°C commence à peser. Plus que 5 kilomètres avant le pôle. Après une dernière traversée d’une voie d’eau d’une trentaine de mètres, la glace est plus ferme, plus vielle, plus épaisse.
A 2 kilomètres avant le pôle, soit une heure et demi environ dans notre état de fatigue, Børge me propose de mener l’équipe, j’accepte avec plaisir. Puis, à 35 mètres du but, (selon mon GPS), nous nous rassemblons pour ne former qu’une ligne, ce qui nous permettra d’atteindre virtuellement le pôle en même temps. 10, 9, 8 mètres. A 2 mètres du pôle, le compas de mon GPS hésite, puis se met à tourner dans tous les sens. Nous sommes arrivés, nous sommes au pôle Nord. Je m’étends dans mon traineau, assez fatigué. Je savoure malgré le froid intense. Je n’ai que quelques secondes pour tenter d’inscrire dans ma mémoire et ma chair cette sensation de travail accompli.
Aujourd’hui était la journée la plus terrible. La distance. Le froid. Je constate avec étonnement qu’une différence de moins 5°C dans cet environnement a un impact très fort sur l’organisme. Quelques degrés en moins, quelques kilomètres en plus, et voilà la fatigue démultipliée.
Il est minuit passé. Nous prenons quelques photos avant de monter le camp et de nous réchauffer avec un repas bien mérité. Børge appelle les russes pour leur annoncer notre arrivée. Ils lui demandent de rappeler « demain à midi ». Ils seront en mesure de nous communiquer précisément l’heure de notre relevé en hélicoptère.
Emmitouflé dans mon duvet, je n’ai quitté aucun de mes vêtements. Je tarde à me réchauffer, nous avons pris trop de temps pour monter le camp. Après une heure, mes vêtements commencent à sécher. Je savoure et prend petit à petit conscience de mon aventure. Tout s’est passé comme je l’ai souhaité. Je suis arrivé au pôle Nord à ski. J’ai beaucoup appris aux cotés d’un des plus grands de l’histoire de l’exploration. J’ai fait de cette première aventure celle de l’apprentissage et de mes premiers pas avec les sponsors. Je remercie tellement tous ceux qui ont cru en mon projet et qui ont contribué à sa réussite.
Mercredi 21 avril 2010, réveil sur la banquise, à quelques centaines de mètres du pôle
En attendant les russes, nous faisons un point sur notre périple. Je me souviens très bien de ma première pensée une fois arrivé au pôle : « je pourrai continuer jusqu’au Canada ».
J’appelle un par un tous mes sponsors depuis le pôle. La plupart avait leur téléphone avec eux et ont répondu. J’ai laissé un message aux autres : « Salut, je t’appelle du pôle Nord avec mon téléphone satellite ! ».
Børge et moi prenons un certains temps à faire de belles photos de nos drapeaux pour nos sponsors respectifs. Dans quelques minutes un hélicoptère russe viendra nous chercher.
Voilà la fin d’une aventure de plusieurs mois. Ces quelques jours passés sur la glace ne sont que le fruit d’une préparation de huit mois. S’entrainer, contacter les sponsors, convaincre quelques entreprises de vous suivre dans une aventure, préparer la logistique de l’expédition, intéresser les médias, créer des outils de communication efficaces… tout cela prend du temps. Tel était mon défi ; arriver, malgré tout les obstacles, à construire et mener à bien cette première aventure.
En écrivant ces dernières lignes, je ne peux m’empêcher de penser aux prochaines étapes. Si cette première expérience était celle de l’apprentissage, il faut bien concrétiser et mettre à profit ce que j’ai appris !
Je bouillonne d’énergie, j’ai l’impression, comme la veille, de pouvoir ajouter 500 kilomètres à mon compteur. J’ai le sentiment étrange d’avoir attendu trop longtemps pour me confronter à ce type d’épreuve. Cela me fait penser à ce mot de John F. Kennedy : « A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes ».
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